Pete Rock – Return of the SP1200

Avril 2019

Pete Rock

Return of the SP1200

Note :
Clin d'oeil appuyé et hommage à l'un de ses instruments de prédilection, Pete Rock revient livrer avec Return of the SP1200 un opus instrumental qui offrira aux nostalgiques de quoi se sustenter et aux nouveaux-venus un lever de voile discret sur les capacités d'une machine qui a pavé d'or la voie du hip-hop. Tu peux garder tes Filas, dans les années 90, elles dénoteront pas.

Pete Rock nous le confessait il y a plus de trois ans maintenant : il est sûrement le beatmaker qui détient le plus de beats de toute l’industrie. Si la mégalomanie est de mise dans le monde du hip-hop, Pete Rock, sa productivité et sa longévité ont des arguments à faire valoir. En sortant d’abord son dernier projet en version vinyles puis en release numérique, le beatmaker iconique des années 90 s’adresse d’abord aux DJ et beatmakers avec un opus purement instrumental dans lequel il envoie clins d’œil et références à ses acolytes dont le premier d’entre eux est la SP1200.

Pourtant, sans dire que l’opus ruisselle de nouveautés ou de sonorités trap et vaporeuses modernes, Pete Rock a pris les choses en main et s’est affranchi de la peur de se voir vieillir pour proposer un opus que lui seul pouvait composer. Au moins pour deux raisons quasi tautologiques : les sonorités qu’il exploite ont déjà servi à quelques-uns de se samples les plus célèbres et sa patte reconnaissable entre mille faite d’un amour profond pour la soul et le jazz lui permet de proposer un projet avec des beats taillés pour câliner les oreilles des nostalgiques et attiser la curiosité du néophyte. Aussi, et surtout, parce  que la plupart des morceaux qui sont présents sur ce projet ont été conçus et enregistrés dans la période 1990-1998, à l’époque où il commettait des collabs de légende avec les groupes INI et Deda.

La caisse claire y est reine bien que la basse n’ait rien à lui envier par sa profondeur et la matière que le Soul Brother #1 parvient à lui donner. A elles deux, elles vont driver et colorer la rythmique de ce projet. D’ailleurs, comment mieux le commencer qu’avec un « Dreamer » onirique destiné à contextualiser un opus dont la saveur est proustienne. Des beats ciselés, taillés à l’ancienne sur la fameuse SP1200, des samples qu’on dirait d’abord travaillés au diamant, une musicalité comme seule la soul est capable d’en offrir et des scratches breakés par J.Rocc. Même des adlibs fusent en tous sens avant même qu’ils ne prennent ce nom-là.

La question qui taraude quand même, c’est de savoir ce qu’a bien pu vouloir faire le beatmaker, légende affirmée et incontestée du boom bap. S’il a laissé son originalité aux années 90, le sieur s’évertue à sortir des projets alors qu’un simple rôle de réal’, de conseil ou une vie de rentier pourraient le contenter… bas les pattes, nul besoin de lever la garde, la question est volontairement polémique et mal foutue. On voit bien que le vétéran ne propose ni nouvelles gammes ni nouvelle perspective. Il a juste plaisir à faire virbrer les cordes de notre nostaligie commune et, honnêtement, ses références et ses skits y réussissent.

Et puis surtout, comment passer à côté de la sève de cet opus? L’hommage rendu à la SP1200 par l’un de ses plus fameux experts. La relation presque intime qu’il a noué avec ce sampler de légende (aux impeccables imperfections) n’est pas une découverte et a donné un grain et une signature incroyables à nombre de beatmakers dont Dilla, d’une certaine manière, est un héritier.

Tout dans ce projet suinte la nostalgie. Mais  de celle qui n’apporte que de belles vibes et vous colle des souvenirs plein les oreilles. En empruntant ce chemin, comment ne pas évoquer la cover réalisée par Sanford Green (un Marvelist qui a notamment travaillé sur Black Panther et Luke Cage) qui représente des événements marquants de ces dernières années. On y devine notamment le « braquage » sur la 5° avenue évoqué par Trump qui ne lui couterait que quelques voix.

Feel the funk babyyyyyyy

« Gutta Music »

En 15 titres et un peu plus d’une heure de trompettes tiraillées (« Kool Jazz »), de harpes maltraitées (« Harps of Heaven »), de basses acharnées et de délicieux grésillement de vinyles, il serait difficile de dire si l’un des princes de NY aura su conquérir un nouveau public. Peut être en fait, mais il aura une exigence de taille : lui réclamer un amour sans borne de la soul et du jazz qui a porté NY au pinacle de la musique.