GoldLink – Diaspora

Juin 2019

GoldLink

Diaspora

Note :
Deux ans après son génial At What Cost, GoldLink tamponne son passeport et invoque une invitation au voyage avec Diaspora. En prenant le contre-pied de son opus précédent, il décide de ne plus baser son récit sur D.C., sa matrice, mais d’explorer de son talent la diaspora noire (entendre africaine). Un projet ambitieux. Musicalement réussi.

Voyage, voyage

En 40 minutes et 14 titres, le MC de DC explore de nombreuses inspirations musicales mues par les talents du Panthéon de la Black Music. Il en profite pour boucler un tour du Monde et réaliser un tour de force. Pour autant, l’opus n’a rien d’encyclopédique, GoldLink préférant décliner sa sensibilité et la perméabilité de ses goûts à cette diaspora et à ses conséquences sur son univers musical.

Le morceau « Zulu Screams » en est une des meilleures illustration : produit par P2J qui a notamment travaillé avec Burna Boy, Stormzy ou encore Beyoncé, il offre à Bibi Bourrely et Maleek Berry un crédit au micro et un morceau formaté pour lancer de jolis apéros l’été ou continuer à faire flotter un parfum estival sur notre rentrée.

Ce morceau, sorti en mai dernier fait aussi office de premier single de ce nouveau projet. Il faut dire que le thème du morceau tend à illustrer l’approche narrative choisie par le MC : évoquer son retour de voyage (qu’il soit physique ou spirituel) et régler ses comptes avec les spectres de son passé.

Hey, feelin’ like a brand new me
And the entourage where the latest be

Héritage et tradition

Diaspora représente d’ailleurs son premier vrai LP aux yeux de GoldLink puisqu’il considère At What Cost comme le dernier projet censé conclure son contrat avec RCA. S’il le présente comme un ersatz d’un opus qu’il souhaitait commettre mais dans d’autres circonstances, At What Cost reste un modèle de son genre dans lequel GoldLink pose les bases de ce qui achèvera de construire son succès : beats au cordeau, ambiances variées et groove ravageur. What else? En tous les cas, la « filiation » entre ces deux opus est indéniable : la musicalité déployée par GoldLink en 2017 fait la sève de son dernier cru.

Revenons à 2019 et à la fin de cet été goulûment avalé. Sur ce projet, GoldLink s’entoure fort logiquement d’artistes issus des quatre coins du globe pour des featurings de haute volée qui font d’ailleurs l’originalité et la puissance de cet opus. La liste des invités, triés sur le volet du talent, témoigne de la réputation et de l’aura d’un artiste qui a construit patiemment son parcours. Même s’il est le premier à convenir que son succès et sa notoriété sont encore des choses qui lui sont difficiles à assumer.

En s’entourant d’artistes qui ont aussi dépassé le cadre de leurs frontières de condition ou d’adoption, GoldLink fait de Diaspora un projet patchwork où se côtoient rythmes africains, brésiliens, caribéens. Le tout décliné en un corpus musical rap ou RnB selon l’humeur et la vibe des artistes présents. Ainsi, il promet à ses exégètes leur quart d’heure de gloire tant le name-dropping pour celui qui cite les invités sur Diaspora permet de briller parmi les profanes : Tyler, The Creator, Khalid, Pusha T, WizKid pour ne citer qu’eux. Des invités de marque donc, qui apportent leur univers sur chacun des morceaux où ils sont conviés.

C’est aussi un projet qui lui permet de dépasser sa condition d’homme afro-américain. Être noir en Afrique et aux USA n’offre ni les mêmes considérations et perspectives, ni ne confronte aux mêmes soucis. En fait, GoldLink saisit ces nuances et ne se déplace pas sur la mappemonde au rythme de ses attentes et revendications mais utilise la musique comme vecteur d’un message universaliste -certes un brin naïf-  qui offre des pérégrinations bienvenues à qui tâtonne sa bible de la musique Noire. Ainsi de « No Lie » et « Rumble » qui offrent un heureux éclairage aux artistes du Continent Noir. Il est d’ailleurs utile de noter qu’à l’image de ce qu’on observe de plus en plus dans le hip-hop, les artistes aiment à explorer plusieurs styles ou formes d’expressions qui enrichissent leur panel de possibilités (et leur catalogue) et excitent l’oreille. Ce qui nourrit la curiosité de l’auditeur et le préserve de l’ennui.

En bouclant un projet qui a sûrement été l’un des albums de l’été, GoldLink mène un coup en trois bandes vers un succès notoire : il se permet de sortir un projet qui confirme qu’il est capable d’audaces musicales et qu’elles lui réussissent plutôt bien, il confirme également que son carnet d’adresses est l’un des plus hypes du rap (un morceau comme « U Say » en est l’illustration parfaite) et il affirme qu’il a trouvé sa voie dans l’énergie que lui procure la Diaspora noire. Sans savoir, en se plaçant de son point de vue, quel est l’épicentre de ce phénomène. Une belle balade en musique noire qu’on ne peut que recommander aux (déjà) nostalgiques de l’été ou à ceux qui ne se seraient pas aventurés au-delà de « Zulu Screams ». À tort. Assurément.